Entre deux grains

10/04/2013

Des lieux

PAR GILLES ORGERET

Brest. Finistère.

Nous avons traversé le tarmac courbés sous les rafales violentes et glacées de l’Est Nord Est. Quelques minutes plus tard la petite église du quartier Saint Pierre accueillait nos peines.

La famille, les amis, étions venus, nombreux, accompagner une âme sœur. Aimée de tous.

Le ciel brestois avait mis le paquet. Vent, pluie, neige. Mêlés.

Nous avons courbé l’échine. Les bonnets de marin sortaient des poches. Les capuches s’ajustaient.

Les parapluies, les Bretons vous le disent, sont inutiles dans ces pays où Éole règne en maître. Tout juste bons à se plier en quatre, baleines tordues, toile déchirée.

Il vaut mieux mettre à la cape. À sec de toile donc.

Chacun a repris sa route après le «pot» traditionnel.

Nous sommes restés quelques jours dans le quartier de Saint Marc. Le bourg, comme les Brestois de Brest même le nomment encore.

La pluie, le vent, la neige, semblaient se complaire à pleurer sur les vitres, secouer portes et fenêtres, et saupoudrer les camélias.

Rien ne dure. Ni la peine, ni la tempête.

Et puis, rien ne nous arrête.

Chaque jour, nous avons marché par les rues, les venelles, les sentiers côtiers, les berges à marée basse, les rochers gluants et glissants, le sable des criques quasi désertes.

Arpentant les quais du port de commerce, de plaisance, traversant le dernier espace sauvage du polder vers Océanopolis.

En toile de fond, les sifflements du «zeph», les cliquetis des drisses, dans les forêts de mâts  comme autant de clarines et sonnailles de ces troupeaux de voiliers à quai.

La tête enfoncée dans les épaules, courbés sous les bourrasques, nous avons traversé le vieux pont de Plougastel, qui enjambe l’Élorn. Il est dédié maintenant aux piétons, cyclistes et tracteurs.

Le vent d’Est nous amenait les rumeurs de son compère, le pont de l’Iroise aux allures de harpe celtique, chargé du flot des véhicules.

Traversant les Kers et autres Pors. De la Côte des Légendes aux Abers, nous avons retrouvé des recoins de rochers ensoleillés de vent du Nord, sans son compagnon de l’Est.

Une fois n’est pas coutume.

Entre deux grains. Nous avons apprivoisé notre peine.

Passés des larmes aux sourires. Des averses aux éclaircies.

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À propos de desgensetdeslieux

L'intention est de mettre en lumière par les mots et la photo la poésie des terroirs. Les gens comme les lieux. Située au carrefour de l’histoire, de l’écriture et du multimédia, l’approche est impressionniste et sans prétention. À la base, le principe que l’on peut fréquenter un lieu des milliers de fois sans jamais qu’il ne donne à voir le même tableau.

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2 Commentaires le “Entre deux grains”

  1. La Tribu d'Anaximandre dit :

    un un bel hommage pour un départ., mais aussi un texte qui me va droit au coeur, puisque mon coeur est Brestois :-D, dans quelques jours je serai au pays des Abers, le vent règnera certainement en maître sur son territoire, on ne peut imaginer la bretagne sans lui 😉 avec une palette de bleu, de vert, de gris ♥

    Réponse

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