La rumeur

16/04/2013

Des lieux

PAR GILLES ORGERET

Vers 5 heures ce matin, le rouge queue noir, pilait du verre, ou froissait du papier, c’est selon les guides d’ornithologie que l’on consulte, la façon de décrire une partie de son chant.

Perché sur la cheminée, enfin froide, de la maison.

Un comparse installé sur un des râteaux de tv, perchoir favoris de l’avifaune villageoise, reprenait cette  » mélodie  » éraillée.

Un moment plus tard, des tourterelles turques, se susurraient des invites depuis les toits à l’entour.

Un merle assez fier de son plein chant, attendait le jour pour descendre à terre, y passer la journée à farfouiller dans les sous-bois et poursuivre les intrus, en criant.

Jusqu’au soir, je le savais, où il reprendrait, da coda, sa partition mélodieuse et flûtée.

Le pic vert, qui tous ces jours de brouillard se fichait du tiers comme du quart, était ce matin étrangement silencieux.

Un vent du sud, du midi, comme on l’appelait autrefois dans ma vallée, s’installait doucement dans le concert matinal.

Un matin qui commence comme ça, dimanche ou pas, il faut aller voir ce qui se passe.

Pain, beurre confiture café avalés, et hop. Dehors !

Ciel azur.

Pleins feux à l’Est, tout là-bas derrière le Mont-Blanc. Pleins feux au Sud.

Je croyais même entendre les rumeurs de la Grande Bleue.

Pleins feux sur la pierre dorée du village.

Pleins feux partout, tous azimuts.

J’ai marché doucement le long du mur du chemin des cadoles, qui se chauffait déjà les pierres au soleil matinal.

La surprise était au rendez vous : le rossignol chantait, caché quelque part dans les buissons. Un maestro du contrepoint. Il est très difficile à observer, mais pas à écouter. Une merveille. Bach, Mozart et Charlie  » The Bird » réunis.

Tout là-haut, passaient en orbes lents, des milans royaux de retour des Sud.

Un faucon crécerelle sema le trouble dans une colonie de pigeons prenant le soleil sur le toit de l’église.

J’avais rendez-vous soleil tapant au jardin.

Depuis quelques jours je voyais bien que certains bourgeons n’en pouvaient plus.

Gonflés à bloc ! Les uns, avaient déjà craqué. D’autres étaient sur le point.

Le grand pin murmurait des légendes provençales.

Soudain, entre deux respires, là tout près, j’ai entendu un froissement.

Du tissu. De la soie. De la douceur.

J’ai levé les yeux vers le bleu.

Une branche de marronnier semblait vouloir s’envoler, soudainement parée de ses jeunes feuilles qui venaient d’éclore. Là. Devant moi.

J’avais écouté la rumeur, tous ces jours.

Il arrive. Disait-elle. Il est là.

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À propos de desgensetdeslieux

L'intention est de mettre en lumière par les mots et la photo la poésie des terroirs. Les gens comme les lieux. Située au carrefour de l’histoire, de l’écriture et du multimédia, l’approche est impressionniste et sans prétention. À la base, le principe que l’on peut fréquenter un lieu des milliers de fois sans jamais qu’il ne donne à voir le même tableau.

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