Grâce au temps

25/05/2013

Des lieux, En chemin

PAR GILLES ORGERET

Nous sommes englués depuis des jours dans des brumes tenaces. Noyés sous des trombes d’eau.

Les ruisseaux, les rivières débordent. Les floraisons passent. Les insectes pollinisateurs désertent les vergers. Les quelques hirondelles et martinets qui sillonnaient le ciel du village ont disparu. Le loriot à peine revenu d’Afrique a dû repartir.

Le printemps nous échappe.

Chaque soir je rallume le poêle à bois. Une flambée!

Hier, des cohortes de lourds nuages noirs, gris, bleus, blancs qui laissaient filtrer parfois quelques espaces de ciel bleu, descendaient du Nord Ouest, comme un appel du grand large.

Je m’empressais d’y répondre.

De Oingt au Saule d’Oingt, la petite route en balcon découvrait un paysage de novembre. Le vent était passé au Nord Nord-Ouest et avait forcit. Il glissait sous une épaisse couche de brume collée sur les croupes des collines de la côte Nord.

Les cimes des douglas de hautes futaies se perdaient dans les volutes de brouillard.

Un concert pour noroît et grands sapins m’accueillit au col du Joncin. En contrepoint, entre les rafales, une grive musicienne rivalisait de virtuosité avec un merle.

Je suis parti à pied. Plein Nord par une piste forestière qui mène à Saint Cyr le Châtoux.

Les fûts des grands arbres ruisselaient. Noirs. Des frissons parcouraient les halliers.

Du Crêt Fourchet à l’Ouest me parvenait le son d’une masse cognant un piquet de clôture. Je devinais une silhouette. La masse à bout de bras, le bruit me parvenait. La masse tombait sur le piquet. En silence.

C’était un jeu avec les enfants. Compter montre en main les secondes séparant, la vue du geste et le son nous parvenant. Connaissant la vitesse du son, il fallait calculer la distance à laquelle se trouvait  l’homme magnant la masse.

La vitesse du son n’a pas changé: environ 240m/s. Mais je n’ai plus de montre. Et puis les enfants sont partis.

L’un organise les espaces entre les notes de musique, l’autre se prépare à de nouveau aller mesurer l’impact de l’Homme sur l’environnement, par le biais de l’étude des oiseaux, quelque part du côté des 40ème rugissants. L’aînée, depuis plus de 4 lustres, mesure des terres dans le grand Sud andalou.

Alors j’ai compté 1 et 1, 2 et 1, 3. Environ 800m!

C’était dans la Cantinière hier. Une base arrière des souvenirs. Un peu de brume dans les en-hauts. Quelques vagues de silence sur un fond de spleen.

Ces monts alanguis aux sommets invisibles, ce hors-piste dont je suis sorti trempé, m’ont ramené à l’Aorai, noyé lui aussi dans une saison des pluies maorie dont Tahiti a le secret. Toujours présent. Bien présent. Malgré et grâce au temps.

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À propos de desgensetdeslieux

L'intention est de mettre en lumière par les mots et la photo la poésie des terroirs. Les gens comme les lieux. Située au carrefour de l’histoire, de l’écriture et du multimédia, l’approche est impressionniste et sans prétention. À la base, le principe que l’on peut fréquenter un lieu des milliers de fois sans jamais qu’il ne donne à voir le même tableau.

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