Quoique!

06/06/2013

En chemin

PAR GILLES ORGERET

Quelques jours avant de disparaître, Mai a ouvert une fenêtre lumineuse. Elle nous arrivait du Nord. C’était le 25.

Tôt le matin avant que le jour filtre par l’interstice des persiennes, un vent coulis s’était faufilé dans les venelles du village, charriant les rumeurs des bois alentours. Les dernières trilles d’un rouge gorge, les premiers raclements de gorge d’un rouge queue noir.

À l’aube le vent redoublait de vigueur. Peu après son lever, le soleil traçait sa route à travers de lourds nuages, inondant d’une lumière chaude les pierres dorées des maisons du village.

Nous aurions le souvenir d’un Mai qui avait fait ce qu’il avait voulu!

Il disparaîtrait sans laisser les traces habituelles des débuts de mûrissement des cerises. De plants de tomates bien ancrés dans le sol avec quelques fleurs jaunes déjà à poste.

Il nous laisserait des chemins et sentiers boueux, lourds, constellés de pétales de fleurs de merisiers, de prunus trop tôt tombés.

Non cette année: « balle pot » aurait dit mon père rentrant bredouille de la pêche.

Il n’y aura guère de cerises pour le temps de juin et des anniversaires. Quant aux tomates je les planterai l’année prochaine!

Mais il y avait ce matin-là cette lumière, ce vent qui bousculait des nuées chargées de grésil.

Il ne m’en fallait pas plus. Aller à la rencontre des lumières du Nord, c’est un but en soi.

Parcourir encore et toujours les mêmes sentes. Reprendre la piste. Parfois seul.

« Il n’est pas de science plus simple que celle de marcher seul dans un sentier » écrivait Yves THÉRIAULT dans ASHINI.

Il continuait: « Mais il n’est pas de science plus complexe que de parcourir seul des sentiers où d’autres auparavant cheminaient avec soi ».

Je fais souvent face à cette complexité. La relecture récente de ce beau livre de cet écrivain québécois m’a replongé au cœur de temps révolus. Sans trop de nostalgie. Quoique…

Arrivé au col du Joncin, j’ai repris à pied la piste qui rejoint le GR76 plus au Nord.

La lumière était au rendez-vous. Des passages de grains mêlés de pluie fines et de grêle, venus du col des Écharmeaux, obstruaient quelques minutes le paysage.

Entre chaque bourrée la lumière coulait sur les hameaux et la forêt. Envoûtante.

C’est à John Constable, ce peintre anglais du XVIIIème, que je pensais ce jour-là. J’imagine qu’il aurait aimé ce ciel, cette campagne. Cette lumière.

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À propos de desgensetdeslieux

L'intention est de mettre en lumière par les mots et la photo la poésie des terroirs. Les gens comme les lieux. Située au carrefour de l’histoire, de l’écriture et du multimédia, l’approche est impressionniste et sans prétention. À la base, le principe que l’on peut fréquenter un lieu des milliers de fois sans jamais qu’il ne donne à voir le même tableau.

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