En attendant que Phœbus se calme

22/06/2013

Des lieux, En chemin

PAR GILLES ORGERET

Plomb fondu, ciel de plâtre. Les ombres sont à la verticale. Juin semble se mettre en jambe pour la course annuelle du Solstice. L’été approche à grand renfort de vent du Sud, d’orages violents, de coups de chaud qui tombent sur les cours d’écoles bientôt désertées.

Les ruelles vibrent de volutes de brumes miroitantes, propices aux visions, aux mirages. Effets de la chaleur sur l’asphalte.

Les cigales ont commencé depuis quelques jours à strier l’air épais de leur « stridules » lancinants.

L’aiguille du thermomètre est calée sur 36°c.

En ouvrant portes et fenêtres, suivant un savant dosage, un filet d’air frais arrive des profondeurs de la cave.

Les vieilles maisons de pierre, souvent accotées, posées sur la roche, restituent par forte chaleur un peu de l’humidité stockée en hiver dans leurs fondations, créant ainsi une climatisation naturelle.

C’est l’époque où il vaut mieux se lever tôt, s’activer à la fraîche. Déjeuner vers 14h et puis envisager courageusement de rester tranquille jusqu’à ce que Phœbus se calme.

J’ai mis à profit ce regain d’ardeur de notre étoile pour replonger dans un été qui avait joué les prolongations jusqu’en Octobre. C’était en 2011. Hier.

Les yeux rivés sur quelques poignées de photos, les oreilles attentives aux arpèges de Antonia Jiménez, une merveilleuse guitariste et compositrice de Cádiz.

Nous partions retrouver une partie de la famille exilée en Andalousie. Ou plus exactement, retournée aux sources.

Nous avions choisi de parcourir les 1400 km en autobus. Moyen économique, passablement lent et assez peu confortable. Au départ de Lyon, il nous faudrait 27 heures pour rejoindre le petit village de Mojacar, dans la province d’Alméria.

Avignon, Béziers, Perpignan, Barcelone, Valencia, Murcia, Vera.

Le bus était quasiment bondé. De vieux Espagnols , des Marocains qui retournaient au Bled.

Les uns très bavards, de jour comme de nuit, les autres silencieux.

J’ai souvent pris ces lignes plus ou moins « folkloriques », suivant les époques, les saisons.

Les années 70 et les routards, les hippies, des familles hispano-françaises allant découvrir les terres des ancêtres, puis les migrants économiques, les touristes.

La joie des retrouvailles était au rendez-vous. Là-bas aussi l’été s’étirait.

J’ai découvert cette région d’Espagne il y a 40 ans. Dire qu’elle a changé est un euphémisme. Elle a été bousculée, déformée, atrophiée même. Je retrouve à peine mes marques. La construction a battu son plein, maintenant elle bat de l’aile.

Dans les collines de la Sierra Cabrera, je ferme les yeux et entend comme dans un rêve les cris des bergers qui rassemblaient les troupeaux de chèvres dispersés dans les ramblas et sur les pentes qui bordent les arroyos.

Quelques hameaux blancs bordés de figuiers de barbarie subsistent. Mais la plupart sont abandonnés depuis longtemps. Leurs ruines retournent à la terre. Témoins d’un passé agricole florissant mais révolu.

Maintenant c’est silence dans les en-hauts. Les derniers paysans ont vécu. Les Tíos Bartolo, les Tías Maria ne s’y retrouveraient pas non plus.

En bas la bulle a crevé. Les bras ballants des grues de chantiers désertés accueillent des centaines d’oiseaux piailleurs, dont une espèce d’étourneaux qui se surpassent dans des sifflements virtuoses.

L’automne andalou avait la douceur d’un printemps. Nous avons sillonné les étendues pelées ou couvertes de végétation crissante, épineuse vert-argentée de ces montagnes qui surplombent la Grande Bleue. Empruntant des pistes qui remontent jusqu’à des villages perchés par le lit des torrents asséchés.

Arpenté les plages désertes en cette saison. Laissé errer notre regard aux confins du vide tout là bas vers l’Afrique. Bagnaudé sur les quais du port de Garrucha.

Quelques passages de migrateurs nous rappelaient que l’hiver approchait.

Le retour se ferait en train de Murcia et ses  » Arbres Bouteilles », en passant par Madrid,la nuit, frissonnante sous la pluie.

Nous étions quelques-uns silencieux , émus, recueillis devant « Guernica », au Musée de la Reine Sofia.

Aux rumeurs de la ville répondait la quiétude de la bibliothèque du Musée.

En quelques images le gros de la chaleur vient de s’écouler. Retour au présent.

Le vent du midi continue sa sarabande. Nous voici en été. 2013.

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À propos de desgensetdeslieux

L'intention est de mettre en lumière par les mots et la photo la poésie des terroirs. Les gens comme les lieux. Située au carrefour de l’histoire, de l’écriture et du multimédia, l’approche est impressionniste et sans prétention. À la base, le principe que l’on peut fréquenter un lieu des milliers de fois sans jamais qu’il ne donne à voir le même tableau.

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