Au pays de la gibelotte

28/08/2013

Des lieux

PAR CHARLES VINCENT

J’avais juré d’y revenir, au fleuve. J’avais juré de poursuivre ce tête-à-tête entamé il y a quelques années. L’occasion me paraissait donc trop belle pour ne pas la saisir : un tour de yacht dans les îles de Sorel ou, pour mieux dire, une virée au pays de la gibelotte, pas celle des Français, avec le lapin et le vin, mais celle des gens de la Montérégie, avec sa perchaude et sa barbotte.

Il y aurait 103 îles dans l’archipel du lac Saint-Pierre. Au nord, celles de Berthier, au sud, les soreloises. En quittant la marina de Sorel, nous avons pris à l’est, en direction des Trois-Rivières. La journée était parfaite. Un petit vent du sud, un soleil franc et des nuages qui n’avaient rien de menaçant. Rien à redire, donc. Que du beau et du bon.

Au large, dans la voie maritime, un navire de la Canadian Steamship Lines, le Baie St. Paul, filait à bonne allure en direction de Montréal. D’un commun accord, nous sommes allés à la rencontre de ce géant des mers. La bête était tout simplement immense. 35 000 tonnes de fer qui commandent le respect. Du gigantisme à l’état brut. De la démesure bâtie sur mesure.

C’est par le Chenal du Moine que nous sommes entrés dans l’univers des îles. Il y eut d’abord l’Île aux vaches, puis l’Île Bibeau, l’Île Létourneau et l’Île aux fantômes. Vinrent ensuite les D’embarras, à la Perche et au Citron. À l’Île de Pé, je ne pus m’empêcher d’avoir une belle pensée pour Germaine Guèvremont. C’est là qu’elle a écrit Le Survenant, il y a longtemps.

La petite grise

Partout des îles. Partout les mêmes petites maisons que l’on dirait en carton. Havre de paix, on le devine. Lieu où le temps se mesure en mile nautique, sans doute, à moins que ça ne soit en coups de rame. Lieu où il me faudrait venir un jour pour mieux tâter du fleuve son âme. J’ai fait mon choix. La petite grise cachée dans les herbes, sur les Îlets Percés. C’est là que je serai.

Nous sommes finalement revenus par les Raisins, les Corbeaux et la Pierre, laissant derrière nous ce fleuve qui entre les îles s’était fait rivière, comme par respect pour ces vestiges de la mer de Champlain, ces petites buttes de limon que tout géant qu’il soit, il ne s’autorise à submerger qu’une fois par an, à l’occasion de la crue printanière.

Nous sommes finalement revenus sans avoir savouré la gibelotte des îles de Sorel. Il faudra donc retourner pour goûter le fleuve de l’intérieur. Et si l’on se fie aux gens de la place, les vrais, les spécialistes, le meilleur spot, c’est chez Beauchemin. «124, chemin de l’île d’Embarras. Par terre ou par eau. Apportez votre vin, apportez votre bière.» J’ai noté l’adresse dans mon calepin.

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À propos de desgensetdeslieux

L'intention est de mettre en lumière par les mots et la photo la poésie des terroirs. Les gens comme les lieux. Située au carrefour de l’histoire, de l’écriture et du multimédia, l’approche est impressionniste et sans prétention. À la base, le principe que l’on peut fréquenter un lieu des milliers de fois sans jamais qu’il ne donne à voir le même tableau.

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