La grange à Fernand

05/09/2013

En chemin

PAR GILLES ORGERET

Depuis quelques jours nous arpentons les plateaux de l’Aubrac. Un réseau de sentiers, chemins et GR, dont le célèbre GR65, dit  «  Chemin de Saint Jacques de Compostelle », traverse la région de Nasbinals d’où nous rayonnons. Rarement en dessous de 700m.

J’avais lu dans une édition ancienne «Vie et paysages des montagnes de France», qu’il y a deux saisons en Aubrac: l’hiver et le 15 Août !

Quelques photos illustraient l’article. De la brume, de la neige, des vaches beiges aux beaux yeux noirs, un berger abrité sous un grand parapluie noir, un village aux maisons de pierres grises, aux toits d’ardoises, des landes de genêts en fleur dans le brouillard, des paysans en béret noir, des chemins bordés de murets de pierres grises couvertes de lichen et mousse. Une ambiance un peu bretonne……

Nous hésitions entre l’Ecosse et ses highlands et les hauts plateaux du Massif Central. Ce fameux Massif des cartes de géographie accrochées à demeure dans les salles de classe de l’école primaire.

Jadis.

C’était l’inconnu, tout autant que l’Ecosse, et à seulement 3 heures de route.

Ce matin-là nous partons à pied depuis Aubrac, village étape sur le chemin de Saint Jacques.

Laissant le GR65 pour le moins fréquenté GR6A.

Nous cheminons paisiblement au creux d’un sentier qui nous mène à la Boralde de Saint Chély d’Aubrac. Un magnifique « rau » aux eaux claires qui serpente dans un bois de hêtres.

Le GR rejoint sur un plateau à 1300m une ancienne voie romaine.

Un brouillard mouvant caresse les collines.  Enveloppe les prairies. Silence.

Nous nous arrêtons fréquemment pour observer, écouter. Percevoir le rythme de cette région « terra incognita » pour nous.

Une linotte mélodieuse se perche sur un piquet de clôture à quelques mètres.

Soudain un groupe de petites hermines sort d’un tas de roches et courent et jouent là à deux pas.

Il fait de plus en plus lourd au fur et à mesure de notre progression vers Les Enfrux dont nous apercevons les toits d’ardoise en contrebas.

D’épais nuages noirs s’en viennent de l’ouest. Le tonnerre gronde au loin. Un groupe de randonneurs nous rejoint. Ils filent nous saluant au passage.

Aux Enfrux nous rencontrons Fernand. Les 70 ans bien sonnés. Souriant. « Un torrent de cailloux roule dans son accent », chantait Claude Nougaro à propos de Toulouse.

Ici, c’est Fernand qui roule les «R », même en disant bonne nuit aurait ajouté mon dab.

On prend le temps. On se parle. Fernand amenait de l’eau à  ses trois génisses dans un petit pré à deux pas de chez lui.

On pose les sacs à dos. L’orage arrive, mais rien ne presse.

Fernand fut garçon de café à Paris. Vingt ans. Puis il est revenu chez lui. Paysan.

Quelques gouttes se font pressantes. Le tonnerre nous assène deux ou trois vérités. Là tout près.

À ma demande, et parce que nous ne fumons pas, il nous offre sa grange. Nous y serons à l’abri pour casser la croûte. Il fonce chez lui et revient avec sa brouette chargée de deux chaises. Une planche posée sur la brouette fera l’affaire en guise de table.

Il nous laisse avec un immense sourire comprenant que c’est tout à fait cela dont nous rêvions.

Foin des gîtes et autres «trucs» d’hôtes à couettes et rideaux bleus. La grange à Fernand et son foin feront l’affaire.

Ici c’est du vrai de vrai. Étape pour gens des grands chemins. Mon cher Jean Giono veillait au grain.

Pas plus tôt installés, des rafales de vent dévalent dans les ruelles des Enflux.

Taranis vengeur ébranle la voie romaine.

Les hirondelles qui tournaient, viraient  frôlant le sol, signe incontestable qu’il allait pleuvoir, se posent à l’abri des avancées de toit ou rejoignent leur nid.

Un déluge de pluie s’abat devant nous tirant un rideau sur le hameau.

Fernand a disparu juste avant ces trombes d’eau.

Nous sommes aux anges.

Casse croûte. Eau chaude tirée du thermos sur dosette de café.

Je pose un regard ému autour de nous.

Un monde s’en va.

Nous repartons nous aussi par un sentier magnifique bordé de grands hêtres qui dégoulinent.

Saint-Chély-d’Aubrac somnole. Le grand chaud est revenu. Nous montons à Aubrac par le 65.

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À propos de desgensetdeslieux

L'intention est de mettre en lumière par les mots et la photo la poésie des terroirs. Les gens comme les lieux. Située au carrefour de l’histoire, de l’écriture et du multimédia, l’approche est impressionniste et sans prétention. À la base, le principe que l’on peut fréquenter un lieu des milliers de fois sans jamais qu’il ne donne à voir le même tableau.

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11 Commentaires le “La grange à Fernand”

  1. zingara1961 dit :

    Superbes photos 🙂

    Réponse

  2. véronique dit :

    Quelle surprise de paysage, de couleurs et de nature! Et, tu sais, l’écosse n’est pas si loin: « les pierres grises(…) le brouillard(…) »
    Merci pour tes émotions partagées par le biais de tes rencontres, de ton regard: celui de l’objectif et celui des mots…

    Réponse

  3. louise dit :

    Vraiment magnifique !

    Réponse

  4. Gaelle BERNY dit :

    Ah… Giono me revient doucement en mémoire en vous lisant… Souvenir d’évasions adolescentes, je me trouvais engloutie tout entière dans le mordoré provençal et hors du temps des lignes du compère Giono. Je retrouve dans votre récit la même lenteur de ceux qui ont vraiment tout le temps du monde devant eux. Cette épaisseur du temps présent, qui se suffit amplement à lui-même. Merci pour ce moment.

    Réponse

    • gilles dit :

      et lorsque ce temps se partage le présent semble s’étirer à l’infini.
      Giono m’accompagne aussi depuis l’adolescence et ne m’a pas quitté. Peut être connaissez vous entre autres « Le serpent d’étoiles « , « Jean le Bleu ».
      Merci à vous pour cet échange.

      Réponse

  5. Soizic dit :

    Superbes photos et magnifique portrait de Fernand !
    Merci de nous faire cheminer à vos côtés.

    Réponse

    • gilles dit :

      Un plaisir pour moi. Désolé pour ce retard dans ma réponse, je découvre votre commentaire aujourd’hui seulement 12 Octobre.
      Merci à vous

      Réponse

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