Le Ruisseau de la Cabre

16/09/2013

En chemin

PAR GILLES ORGERET

Juillet étirait à perte de vue ses foins déjà mûrs et coupés de la veille. Le climat réputé rude des Hauts plateaux de l’Aubrac s’était mis au beau-fixe. Les agriculteurs en profitaient donc pour faucher. Préparer l’hiver pour leurs aubracs, ces vaches à la robe fauve et aux beaux yeux noirs.

Nous arrivions un peu tard pour profiter de la pleine floraison toute aussi réputée que le climat de ce vieux Massif où se côtoient les traces d’un volcanisme ancien et celui des dernières glaciations.

Un peu, mais pas trop tard.

De grands espaces n’avaient pas été atteints par les faucheuses.

Des colonies de gentianes jaunes, de lupins échappés des jardins se baladaient dans les creux,  les  bosses les vallons, sur les pentes.

Paysages parsemés de blocs rocheux erratiques, souvenirs laissés par les glaciers qui recouvraient la région il y a quelques centaines de milliers d’années.

Restés là, inamovibles, coiffés de beaux hêtres, comme autant d’îlots déserts posés sur cet océan de beauté du monde.

On peut apercevoir au creux d’une de ces îles un buron abrité des vents dominants, lové sous les arbres. Ancienne bergerie, lieux de vie pour la saison de l’estive. Construction de pierres au toit couvert d’ardoises ou de lauzes.

Une cabane en somme. De celles que l’on trouve partout dans le monde et qui servaient autrefois pour le temps d’une activité saisonnière.

En montagne, en plaine, en forêt, sur front de mer, dans les rochers , derrière les dunes, sur pilotis, cachées, à l’abri, protégées.

Niches, refuges, havres, ermitages, ventres….

J’aime y passer quelques moments lorsqu’elles sont accessibles. Elles tombent parfois à pic, quand les éléments se déchaînent.

Dans l’une d’elles ce jour-là nous avons fais une pause. Pour le plaisir.

Á chaque fois, je me dis que j’ai trouvé le coin idéal pour finir lorsque le moment serait venu, mon passage éclair sur la planète Terre.

J’y installerais une table, un poêle à bois, un lit et quelques rayons pour les livres.

Celle-ci était parfaite. Mais j’en connais ailleurs qui correspondent tout aussi bien à ce rêve.

Être en harmonie en un lieu au moment de la fin d’un temps. Mon temps.

Être plutôt qu’avoir.

Alors je vais. Je marche. J’écoute. Je regarde et j’offre.

Il y avait sur la carte au 25millième du secteur, entre les Puech, lous Bousquillous, Les Recoulettes, Arazels et autres Countras, tous noms aux sonorités quasi ibériques; le Ruisseau de la Cabre.

Nous l’avons rencontré après la traversée des hameaux de La Cabre et du Rescos. Au Moulin.

On parle volontiers de la majesté des grands fleuves du monde. De ceux dont on ne voit pas l’autre rive. Qui ont du débit, de la furie, du tumulte, des chutes, qui fertilisent ou détruisent tout dans leurs débordements…

Lui, en cette saison, il se cache. Ses eaux sont douces, belles, fraîches. Profondes parfois.

Les hôtes de ces berges sont jaunes, bleus. Ils chantent ou passent en silence. Se reflètent.

Lui-même ne se permet qu’un murmure.

Nous ne sommes pas allés au confluent, là où il rejoint le Bès, la rivière, mais j’imagine qu’il ne s’y jette pas.

Il se joint à elle. Ils s’accompagnent. Ils vont ensemble.

Le voyage est long. Ils le feront avec la Truyère, puis le Lot puis la Garonne. Jusqu’à l’Atlantique.

Nous reprenons le chemin par Sogne Rousse, lous Canagens, passant au large de la Grange de Nada.

Le soleil plombe les ombres d’une allée de frênes. C’est l’endroit et le moment de se poser et de regarder passer les nuages.

Un vent d’ouest nous amène les rumeurs des rouleaux de l’Atlantique. Loin, très loin.

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À propos de desgensetdeslieux

L'intention est de mettre en lumière par les mots et la photo la poésie des terroirs. Les gens comme les lieux. Située au carrefour de l’histoire, de l’écriture et du multimédia, l’approche est impressionniste et sans prétention. À la base, le principe que l’on peut fréquenter un lieu des milliers de fois sans jamais qu’il ne donne à voir le même tableau.

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2 Commentaires le “Le Ruisseau de la Cabre”

  1. Soizic dit :

    Cette idée de cabane avec un poêle à bois et des bouquins pour finir son temps me séduit beaucoup !
    Bonne route 🙂

    Réponse

    • gilles dit :

      Un vieux rêve qui parfois devient réalité pour quelques heures où jours au fil des pérégrinations.Il y a souvent un bouquin dans le sac à dos;
      Merci à vous

      Réponse

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