Tout un monde

08/10/2013

Des lieux, En chemin

PAR GILLES ORGERET

Ils sont nos compagnons de route, de randonnées, de balades. Si on ne les voit pas, on les entend. On les devine. Une trace dans la boue du chemin. Un chant. Un cri. Un vol fugace.  Un grincement là tout près sur une feuille séche.

Un peu de couleur verte qui se met à bouger. Un œil qui nous zieute à travers un fouillis de brindilles lors d’une pause. Que l’on découvre par hasard, un peu comme quand on a l’impression que quelqu’un nous regarde.

Ils se pointent aussi sans y être invités pendant une sieste que l’on espérait tranquille et réparatrice.

Là, perchés sur un genou ou posé sur le front. Nous faisant sursauter.

Mais ils passent aussi semblant se jouer du vent. Et même jouer avec lui.

Ils nous aident parfois dans les moments de “blues” quand le sentier est rude, ou le soleil trop piquant .

Dans ces moments où il nous arrive de nous demander ce qu’on est venu faire ici. Lesté d’un sac à dos pesant.

Dans ce paradis infernal!

Ils nous aident, car si on prend le temps de respirer, d’écouter, de regarder, d’observer, on les découvrira dans toute leur beauté, étrangeté, bizarrerie de formes, de couleurs, de cris, chants, silences, mouvements.

Perchés sur un arbre, agrippés contre un mur, sur ou sous une pierre , en plein milieu du chemin. Festoyant ou tout simplement allant de l’autre côté de la piste. Posés sur un jonc au dessus de l’eau.

Certains sont bruyants. En été. Quand le soleil commence à chauffer, jusqu’à très tard dans la soirée.  Ils zézézézé, ou bzibzibzitent . Ceux du jour, obsédants. Ceux de la nuit, envoûtants.

D’autres solitaires. Silencieux, du moins à notre oreille.

Eux, ce sont les animaux en général, les oiseaux en particulier, mais ici ce sont les  “ P’tites bêtes “ .

Les insectes, les arthropodes, les myriapodes, les arachnides, les himénoptères, les hétéroptères, les coléoptères, les dictyoptères….

Bref : Tout un monde. Avec des noms scientifiques impossibles à mémoriser.

Alors on dit : Papillons , libellules, araignées, sacarabés, punaises et puis on regarde dans les bouquins ou sur la “ Toile “ ; d’araignée justement. Un peu plus tard à la maison.

Voilà, nous sommes un peu plus au sud, du côté de Lodève. Département de l’Hérault. Dans le Languedoc-Roussillon.

Quittant l’Aubrac, nous avons traversé le plateau du Larzac. Un semi désert brûlant, venté du sud, brûlant lui aussi. Un siroco pour le moins. Chargé de poussière de sable du désert.

Bernard Lavilliers  déroulait son “ Sertao”

Les pales du ventilateur coupent tranche à tranche l’air épais comme du manioc…

Y’a guère que les moustiques pour m’aimer de la sorte…

Un soleil ivre de rage tourne dans le ciel…

Les randonnées sous ces cieux nécessitent de se poser aux heures méridiennes.

Pins d’Alep, maritime, laricio, chênes verts nous offrent le gîte.

Des dizaines de papillons virevoltent.

Les cigales tendent un rideau sonore sur le paysage.

Le spectacle commence. En fait il se dévoile. Comme sur une scène de théâtre. Une fois que les spectateurs ont trouvé leur place, salué les amis. Les trois coups retentissent. Le rideau se lève.

Comédie ou drame. Suivant l’acuité du regard, le hasard. Le rythme de la marche.

Je me souviendrai longtemps de ce «Flambé» Iphiclides podalirius, magnifique papillon posé ailes écartées, immobile sur une fleur blanche. Ce qui m’intrigua.

En m’approchant pour l’observer de plus près, et immortaliser la scène, j’ai découvert que pour lui c’était le clap de fin.

Il était sous l’emprise du venin d’une  «Araignée crabe, » blanche ; peut-être Thomisus onustus.

Elle le serrait dans ses bras en un baiser mortel!

J’immortalisais donc sa mort !

Plus loin une chenille fringuée fluo-acide traversait un bras d’asphalte. Pour aller donner vie je suppose à un papillon.

J’ai trouvé son nom «La chenille d’Orgyie pudibonde» qui se transformera en un papillon nocturne. «Dasychira pudibonda».

Apparemment elle ne craint pas grand chose de prédateurs éventuels. Grâce à son «look»!

Tout n’est qu’apparence!

Il ne manque que la bande son en diurne ou nocturne. Et puis la torpeur ou la fraîcheur. C’est selon. Le lieux, l’heure. L’état du monde. Le notre. Le leur.

à l’écoute des chants de sauterelles, grillons criquets

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À propos de desgensetdeslieux

L'intention est de mettre en lumière par les mots et la photo la poésie des terroirs. Les gens comme les lieux. Située au carrefour de l’histoire, de l’écriture et du multimédia, l’approche est impressionniste et sans prétention. À la base, le principe que l’on peut fréquenter un lieu des milliers de fois sans jamais qu’il ne donne à voir le même tableau.

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6 Commentaires le “Tout un monde”

  1. mooonalila dit :

    Un plaisir pour les yeux !

    Réponse

  2. ary dit :

    superbes photos, bravo ! juste un peu dommage qu’on ne puisse pas en profiter en plus grand…

    Réponse

    • gilles dit :

      Merci à vous. Je ne maîtrise pas le formatage pour la mise en ligne; il y a bien sûr de la « perte » . Et agrandir avec ctrl+molette souris donne un trop important manque de netteté!

      Réponse

  3. Renée Lambert dit :

    Vous lire, nous maintient dans le rêve

    Réponse

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