J’ai tout mon temps

14/10/2013

En chemin

PAR GILLES ORGERET

C’est un jour de repos. De farniente. De l’Italien far nienté. Ça sonne bien dans la langue de Dino Buzzati. Dolce far nienté.

C’est une douce oisiveté nous dit le Larousse. Ne rien faire mais avec douceur.

Depuis quelques jours le vieux Trafic est au mouillage dans un creux de vallon au bord d’une petite rivière Le Gravezon pas loin du village de Joncels dans l’Hérault.

Nous l’avons mis à couple d’une caravane qui commence à prendre racine. Elle ne voyagera plus.

Calée au milieu des chênes verts elle nous donne un peu d’aise pour ranger notre doux bazar.

Elle est comme ces vieux rafiots qui finissent leurs jours à quai avant de rejoindre un cimetière de bateaux ou une casse.Témoin d’un temps révolu ou tout allait autrement.

Nous pouvons rester le temps que l’on veut nous a dit son propriétaire en nous accueillant.

Une piste longe la rivière, menant au hameau de Joncelets et à quelques vergers de cerisiers aux fruits roses orangés et à la chaire blanche.

Quelques vignes en espaliers, une prairie, des chevaux. Une antique voie de chemin de fer traverse le paysage. C’est la ligne Bézier-Clermont. Une corne retentit de temps en temps. Une locomotive et son wagon bousculent le silence.

Bon, mais ne rien faire sous un soleil de plomb, dans un hamac c’est tout un art. Je n’y arrive pas. Et puis le soleil tourne comme on dit, mais pas les arbres auxquels j’ai amarré mon nid.

Et de surcroît, les cigales ont décidé de nous bousiller la sieste. Zzzzzzzzzzzzzzz

Résultat nous voilà partis.

Joncels, Lunas, par de petites routes, à petite vitesse, vitres grandes ouvertes.

Haltes fréquentes. Paco de Lucia égrène ses arpèges sur un cante jondo de feu Camaron de la Isla.

Bijoux de rythmes. Voix éraillée, immense, vibrante. Les mains de Paco, précises, soulignent les phrasés.

Ils sont ensemble.

Joncels.

-Tout est vieux ici nous dit une vieille dame à l’accent de rocaille nous accompagnant dans les ruelles de cet antique village, et dans l’église attenante au cloître d’une abbaye bénédictine du VIIème.

Les voûtes du cloître et ses ombres sont accueillantes. La petite place qu’il borde est plombée de chaleur.

Un jeune garçon juché sur son « scoot » me dit qu’ici il n’y a rien à faire.

Et que dans ce village ils sont très récemment passé de rien à la fibre optique !

Quelques pèlerins se reposent vers la fontaine. Nous sommes là aussi sur une artère qui va à Saint Jacques.

La grand-mère poursuit ses explications et considérations sur la vétusté de tout ce qui nous entoure.

En fait elle est totalement sourde et la conversation que j’essaie d’établir tombe dans le puits de son silence intérieur.

Ça me va. Je lui souris. Et puis nous allons.

Lunas.

Village de confluence, baigné par le Gravezon, le Nize et le Dourdou .

L’eau ne manque donc pas pour arroser de superbes jardins en terrasses. Tomates, courgettes, oignons, poireaux, ails, haricots, roses, lauriers roses. L’Éden.

Trois vénérables vieilles dames traversent une passerelle. Peut-être vont-elles en visite. Ou au club.

Casquette vissée sur la tête, un homme ramène un bouquet de glaïeuls de son jardin.

C’est dit, depuis le temps…, cette année j’en planterai au jardin. Elle les aimera.

La lumière de cette fin d’après-midi est superbe. D’antiuqes demeures ont gardé leur patine.

Les yeux en l’air je surprends un manège d’hirondelles de roche qui viennent nourrir leurs petits sur un rebord de fenêtre d’un grenier clos.

L’œil rivé à l’objectif, je cadre les petits. Il sont calmes, puis d’un coup s’agitent, frémissent ailes écartées becs large-ouverts. Je devine ainsi qu’un adulte est en approche. Un seul reçoit sa pitance. L’adulte repart. Le calme revient dans la troupe. J’en ai oublié de déclencher.

La scène se reproduit à intervalles réguliers. J’ai tout mon temps.

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À propos de desgensetdeslieux

L'intention est de mettre en lumière par les mots et la photo la poésie des terroirs. Les gens comme les lieux. Située au carrefour de l’histoire, de l’écriture et du multimédia, l’approche est impressionniste et sans prétention. À la base, le principe que l’on peut fréquenter un lieu des milliers de fois sans jamais qu’il ne donne à voir le même tableau.

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7 Commentaires le “J’ai tout mon temps”

  1. christine dit :

    Ma curiosité me pousse à vous demander si votre profession a un rapport avec toutes ces contrées que vous visitez et que vous décrivez avec tant de passion. Plus sensible aux textes qu’aux photos, j’apprécie votre style, un joli mélange de poésie et de description. Personnellement je ne trouve pas le temps d’en faire autant. peut-être un petit conseil !

    Réponse

    • gilles dit :

      Mes professions du passé oui en effet. Mais je suis maintenant inactif enfin si l’on peut dire.
      Je suis depuis toujours en contact avec les lieux et les hommes. Alors imaginez lorsque j’ai découvert le blog de Charles Vincent, j’étais aux anges comme on dit.
      J’ai répondu avec grand plaisir à son invitation à les rejoindre, suite aux commentaires que je me permettais d’écrire parfois sur ses textes et photos.
      Trouver le temps en fait c’est pour moi être là où je suis à l’instant. J’ai plus de temps à l’évidence maintenant pour développer.
      Un conseil je ne sais si j’ose, sinon  » soyez en voyage même en allant à la boulangerie du coin  »
      si vous écrivez mes noms et prénoms sur internet vous trouverez un autre blog de mon travail. Très différent. quoique!
      il y aussi mon adresse mail si vous souhaitez que nous puissions nous écrire avec plus de latitude et d’espace.
      Merci à vous.
      Gilles Orgeret

      Réponse

      • christine dit :

        merci pour cette longue réponse. En effet, c’est parfois depuis le pas de sa porte qu’il y a des choses à raconter. Je comprends mieux maintenant d’où vient votre sensibilité et votre faculté à percevoir et ressentir les choses. J’ai jeté un oeil sur internet !

  2. Vien Hue dit :

    Comme il doit être agréable de profiter de l’ombre de ce cloître en plein été !

    Réponse

  3. Moonath dit :

    vos tableaux offrent une palette merveilleuse de couleurs et de mots, des parfums sincères… un doux voyage à chaque fois…. merci pour vos subtils partages…

    Réponse

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