Un zeste de sérénité

PAR GILLES ORGERET

Du matin on sentait la touffeur monter du sol, se mêler à la lourdeur d’un ciel chargé de nuées rasant les collines alentour.

Gast! aurait juré le père Ansker dans sa lointaine Bretagne. Au bout du Cap. Dans son hameau de Kerouec.

-On va trinquer!

Ce vieux monsieur, pas revu depuis des siècles me revient en mémoire ce matin là, alors que nous sommes à pour le moins 1000 km de ce cap que nous aimons tant.

La couleur du ciel, je suppose. Pas le grand large en tout cas ; nous sommes au creux d’un vallon. Il y a bien le Gravezon, le torrent aux eaux fraîches qui coule juste là, à quelques pas.

Sa chanson est belle, d’autant qu’il se jette d’une petite cascade dans un  beau trou d’eau. Mais pour autant, pas la rumeur du ressac, ni les coups de boutoirs de l’océan dans les rochers.

Et puis, dans ce Languedoc-ci, on ne passe pas d’un grain à du grand beau comme on dit du rire aux larmes, plusieurs fois dans la même journée comme c’est le cas en Finistère.

Et puis……… Alors ce doit être de l’envie du grand large. Je l’emmène toujours avec moi. Planquée, mais pas trop, juste là , à fleur de peau  tannée par les vents des hauts plateaux. Sous la chemise.

C’est ça, on va prendre le large aujourd’hui.

On va aller se rafraîchir les idées. Comme disait……….ma Mémée. Que voulez-vous. Je la cite parfois. Il faut vous dire que c’est elle qui m’a élevé. Bercé par sa voix modelée aux cantiques.

Élevée, Elle, l’orpheline chez les Sœurs. Enfant, je ne comprenais pas cette histoire de Sœurs, vu qu’elle n’en avait pas.

Elle chantait magnifiquement. Uniquement des chansons à pleurer, du début du siècle dernier. «toi ma jolie Mamaaaan..!»….sa voix finissait dans un vibrato sublime.

Sur ce, la cendre de sa clope qu’elle arrivait à garder dans la commissure des lèvres, tout en chantant, tombait dans l’eau de la vaisselle qu’elle avait entrepris!

Voilà: le décor est planté. Les revenants s’en viennent . Il faut y aller nous aussi. Sinon la nostalgie va nous envahir et alors là : j’ai déjà donné.

Bougeons nous de là!

On s’en fera une petite quand même en mi mineur. Ce soir. Après la route.

Il faut dire qu’hier le chemin était dur. Un peu trop même. Phœbus avait décidé de nous allonger raide au milieu du sentier, par dessus notre ombre.

La piste traversait des plantations de pins au garde à vous aussi accueillants qu’un taillis de ronces.

Biodiversité zéro. Quasiment plus d’eau dans les gourdes.

Et au bout du bout: une barrière de 2 mètres de haut. Genre-style comme disent les jeunes de nos jours:  «On l’a pas mis là pour que vous passiez par dessus!»

Donc demi-tour dans ce bosquet pour fakir. «Keeper cool!» restez Zen. Enfin on essaie. Car nous voilà revenu à la case départ 2 heures plus tard. L’ombre des platanes à viré au noir d’encre. Les cigales semblent apprécier les, pour le moins 40°c ; L’eau des bidons est tiède.

Nous marchons dans la même direction, mais pas du même côté du chemin. On verra plus tard.

C’était la journée du vent chaud qui rabote le cuir. Qui fait baisser les sourcils sur le front genre-style Néandertal. C’était la journée des insectes.

C’était une journée à faire ce qu’on a fait aujourd’hui.

Arvö Part dans les baffles. Sa Symphonie N°4.  Les vitres grandes ouvertes. Toutes voiles dehors.

Direction Lodève . Sa cathédrale qui elle aussi ce jour là était grande ouverte. Un organiste était à poste ; Jean Sébastien sortait des tuyaux comme le génie de la lampe. Le jardin du curé était grand ouvert. Le curé était parti sous d’autres cieux pendant les travaux, indiquait un petit carton cloué sur la porte. Entrez. Faites comme chez vous. Soyez vous-même.

La beauté était au rendez-vous. L’élan des tours, clochers, ces pierres posées l’une sur l’autre et à côté l’une de l’autre et d’autres encore et encore pendant des temps invraisemblables.

Pour être. Pour l’ Être.

La fraîcheur des recoins, les vitraux, la lumière, les gens ici ou là assis, écoutant, le nez en l’air, regardant, comme absorbés par les voûtes, les arcs , les colonnes, les statues……..Ré mineur. J. B Bach. Le ruisseau. En allemand!

Et puis la douceur du petit jardin. Ah! La douceur.

Nous sommes ressortis les pupilles dilatées, au plein soleil du sud. Plissant soudainement le regard. Main dans la main  marchant sur le même trottoir.

L’ombre des ruelles nous a ramené aux pizzicatis des cordes dans certains passages de cette N°4.

Á décoller!

Notre barcasse avait gardée l’ombre sous sa coque blanche. Elle nous a guidé par le col de la Baraque de Bral jusqu’à Lerab Ling, le monastère bouddhiste de Roqueredonde, passant au large d’une tour de guet coiffée de son radar .

Autre temple de la communication reliant le ciel des avions aux hommes à terre, qui les guident dans leurs manœuvres d’approche ou de décollage. Tour de télécommunication et paraît-il de surveillance des feux de forêts.

Des voix étrangement graves et basses récitaient des mantras.

Padmasambhava tout doré au milieu de l’étang, sourcils froncés, un peu fâché de voir dans quel bazar, dans quel désordre nous vivons, nous incitant à faire déjà mieux maintenant pour que ce soit encore mieux la prochaine fois.

Dans une autre vie. Comme une invitation à l’espoir.

Nous étions bien dans ce calme. Extérieur et intérieur. Hors du temps pour un temps.

Trois gouttes sont tombées sur la petite route en surplomb de la forêt des Monts d’Orb. Chargées de poussière du désert. Un peu plus bas l’orage éclatait. Nous arrivions au Monastère Orthodoxe de La Dalmerie en même temps qu’une de ces fabuleuses lumières d’après la pluie.

Le monastère était lesté de grues et échaffaudage. Travaux là aussi.

À Vinas le calme régnait vers ces 5 heures de l’après-midi d’un dimanche de fin juillet. Maisons lovées autour de son église. Prairies fauchées. Moissons à venir. Avenir. Pain sur la planche.

Remontant sur Avène on se prend un «take five» face au béton épuré du barrage des Monts d’Orb.

Autre temple. Celui de l’eau. Irrigation. Alimentation en eau potable. De toute une région.

Finalement le site le plus dépouillé, zen, de la journée. Du béton, de l’eau.

Tout y était aujourd’hui. La sérénité dedans, dehors.

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À propos de desgensetdeslieux

L'intention est de mettre en lumière par les mots et la photo la poésie des terroirs. Les gens comme les lieux. Située au carrefour de l’histoire, de l’écriture et du multimédia, l’approche est impressionniste et sans prétention. À la base, le principe que l’on peut fréquenter un lieu des milliers de fois sans jamais qu’il ne donne à voir le même tableau.

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4 Commentaires le “Un zeste de sérénité”

  1. christine dit :

    Je redis , « j’aime » , surtout le p’tit clin d’oeil à mémé.
    Je t’invite a lire mon papier « Du pouvoir sans abus »

    Réponse

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