Le calme plat au pit de sable

25/11/2013

Des lieux

PAR CHARLES VINCENT

Je n’étais pas allé au pit de sable depuis un bon moment déjà. C’est Paul, le chauffeur de l’autobus scolaire, qui m’a signalé leur présence. On est comme ça, nous, les ruraux, on se jase d’arbres déracinés, de chemins coulants et de huttes de castors. On parle terroir. Territoire.

Le pit de sable est un lieudit situé entre les deux croches du rang 5. Paradis des marmottes et des adeptes de motocross, il accueille aussi durant les chaudes soirées d’été quelques bandes d’adolescents en mal d’amour et de liberté. En témoignent quelques détritus bien typés.

Une faune ponctuelle, il faut bien le dire, qui ne semble pas faire grand cas de l’autre faune, mieux enracinée celle-là, quasiment autochtone, parmi laquelle une famille de castors qui voilà déjà plusieurs années s’est installée dans l’étang principal, au sein d’une grande hutte de bois mou.

J’ai garé la voiture. Le soleil cognait avec insistance sur l’épais drap gris qui couvrait le ciel depuis la veille, le fendant par endroits, partiellement, furtivement. Je suis descendu dans la carrière. Le sable roulait sous mes pieds, provoquant de petites avalanches qui faisaient semblant de vouloir m’emporter.

Le lieu était désert.

Seul mouvement : des centaines de graminées qui pliaient l’échine sous l’impulsion d’un vent méchant, le même qui deux jours auparavant avait terrassé cinq de mes plus beaux sapins. Son souffle fripait l’eau libre de l’étang, en de petites vaguelettes appelées à s’échouer sur les pourtours gelés.

Mais pas un son. Pas une odeur. Rien.

Sans doute les castors étaient-ils endormis. Ou peut-être se toilettaient-ils, au chaud, en famille, comme ils le font durant la saison froide. Je les imaginais fin prêts pour l’hiver, dans la chambre principale, à vérifier le colmatage, à revoir les réserves de tremble, de bouleau, de peuplier…

Je les imaginais à se faire des peurs, à se conter des histoires de coyotes, d’ours noirs, d’humains. Peut-être discutaient-ils de la bête qui la semaine précédente avait trimbalé jusqu’à l’étang cet immense os qui maintenant gisait sur le sable crispé. Prudence, les petits. Prudence. Elle rôde…

Je n’ai pas vu de castors. Pas même une empreinte. Je le dirai à Paul, demain. On se parlera d’orignaux, de chevreuils, de dindons. Car on est comme ça nous les ruraux. On aime bien se tenir au courant, se relancer, se conter des histoires.

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À propos de desgensetdeslieux

L'intention est de mettre en lumière par les mots et la photo la poésie des terroirs. Les gens comme les lieux. Située au carrefour de l’histoire, de l’écriture et du multimédia, l’approche est impressionniste et sans prétention. À la base, le principe que l’on peut fréquenter un lieu des milliers de fois sans jamais qu’il ne donne à voir le même tableau.

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