Au creux d’une ornière

08/12/2013

En chemin

PAR GILLES ORGERET

 
Tant de forêts arrachées à la terre
Et massacrées
Achevées
Rotativées
 
Tant de forêts sacrifiées pour la pâte à papier
Des milliards de journaux
attirant annuellement l’attention des lecteurs
sur les dangers du déboisement des bois et forêts

                              

                         – Jacques Prévert «La pluie et le beau temps»

Une fois n’est pas coutume, j’arpente la piste du Nord. Le GR 76 et ses ramifications qui traversent la forêt de la Cantinière.

Je laisse mon embarcation au Joncin et je me lance à pas tranquilles.

Les Planes, Bois des Allemands, Bois Granger, Point Bœuf, Pierre Taillis, Bois de l’Haie.

Je croise quelques solitaires. On se reconnaît. On se salue. On échange une page de météo, c’est encore la conversation la plus paisible.

– «Il gèle, il a neigé, le ciel se couvre vous avez vu là-bas à l’Est……….»

Et comme disait ma Mémée: «tout ça, ça vient du temps!»

J’entendais depuis des semaines hurler les tronçonneuses, vrombir les engins de débardage.

Ils n’ont pas fait dans la dentelle. Tout est par terre, les sentiers défoncés les ornières profondes et durables.

On exploite ici.

Manifestement ce ne sont pas Thierry, son frère Dominique et leur jument «Comtesse» qui ont fait le boulot.

Ici c’est le Chemin des Dames…sans les obus.

Je traverse le champ de bataille les yeux rivés au sol, la main sur mon appareil photo resté au fond de ma poche.

Au sortir de ce capharnaüm je découvre un havre de beauté. Une cache de mémoire au creux d’une ornière laissée par les engins où l’eau a gelé. Sous la glace, le temps s’est arrêté c’est encore l’automne.

Un arrêt sur image. Un espace figé, enchâssé comme au cœur d’un émail. Ou de l’ambre.

Un livre d’images glacées. Une harmonie au milieu de ce chaos.

L’occasion pour moi de plonger mon regard dans ce monde de transparence, de savourer l’instant présent.

Tellement absorbé que je suis surpris par un beau chien couleur feuille de hêtre, en ce moment, qui gambade en avant de son maître qui court.

Nous échangeons le chien et moi un regard, une parole, une flatterie de la main sur son flanc.

Son maître coureur me demande son chemin. Il est un peu perdu.

Cela va déjà mieux. La beauté est de nouveau à l’œuvre. La vie au sortir du chaos.

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À propos de desgensetdeslieux

L'intention est de mettre en lumière par les mots et la photo la poésie des terroirs. Les gens comme les lieux. Située au carrefour de l’histoire, de l’écriture et du multimédia, l’approche est impressionniste et sans prétention. À la base, le principe que l’on peut fréquenter un lieu des milliers de fois sans jamais qu’il ne donne à voir le même tableau.

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2 Commentaires le “Au creux d’une ornière”

  1. christine dit :

    j’aimearis bien que le pére Noël m’offre un appareil photo, un vrai, pour faire de belles photos, comme là, ci dessus…

    Réponse

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