Road Trip 2013 (9) : roady, pour l’éternité

04/01/2014

En chemin

PAR CHARLES VINCENT

On ne quitte pas New Orleans. Tout au plus on s’absente, mais jamais on n’y revient jamais. Jamais. Cette ville, quand on l’arpente, quand on en respire jusqu’aux entrailles, quand se laisse doper par sa musique, on la fait sienne pour l’éternité.

J’aurais volontiers piqué une boucle vers l’Ouest, par les Thibodaux, Baton Rouge et Lafayette. J’aurais bien poussé jusqu’à Houston, San Antonio et Albuquerque, avant de remonter tranquillement par la Californie et l’Oregon. Mais il me fallait revenir. Il le fallait.

Le cap fut donc mis plein Nord, une remontée porte à porte de 2700 kilomètres, par Nashville, Louisville, Cincinnati, Cleveland et Buffalo. Trois jours de highways, d’hôtels et de cafés. Trois jours à faire siens les territoires, mile après mile, ville après ville.

Dans les bayous

Sur la route du retour, une première pause, à Slidell, sur la Old Pearl River. Un arrêt dans les bayous pour s’imprégner une dernière fois de la moiteur louisianaise. Une escapade en pleine nature pour voir les sangliers, les tortues, les alligators.

Le bateau sur lequel j’embarque est un bateau à fond plat. Mon guide est plutôt loquace, plein d’humour. À coups de phrases-clés, bien ciselées, il nous explique la pêche, la dureté du métier, les dégâts de Katrina… On déambule parmi les chalets déglingués, les bateaux aux échafauds étriqués.

The Cajun Way of Life, lirai-je sur la tôle rouillée d’un hangar démoli. Partout la même impression. Celle du malheur, de la tristesse et de l’affliction. Partout aussi et peut-être surtout quelque chose comme de la résilience et un puissant enracinement sur une terre qui n’en est pas vraiment une. Pays d’eau, de boues et de mousses. Mais pays quand même. Le leur. Celui de leurs ancêtres.

Il est onze heures. Le soleil mord la peau. Nous avons quitté le lit principal de la rivière pour emprunter un petit canal. Le bateau fend le mince tapis d’algues vertes qui se referme aussitôt sur notre passage. Le guide sourit. Il a vu, là-bas, à fleur d’eau, apparaitre ce qu’il cherche. Il lance une guimauve. Un premier alligator s’approche, puis un deuxième, puis un troisième…

La chorégraphie est réglée au quart de tour, répétée sept jours sur sept, plusieurs fois par jour, et même la nuit, du moins pendant la saison estivale, quand il y a des touristes presqu’autant qu’il y a d’alligators. Le guide sortira bientôt une saucisse à hot dog qu’il plantera au bout d’une branche pour faire sauter l’animal tout près du bastingage. This is the Business Way of Life!

Je serais resté

Le retour prendra trois jours, comme prévu. Lui aussi, je l’aurais étiré, si j’avais pu. Je serais resté encore et encore à Nashville, au Tennessee. Je serais resté pour discuter encore et encore avec ce guitariste rencontré au Findley Market, à Cincinnati. Ben Knight, de son nom, chanteur du groupe Ben Knight and the Welldiggers. Un gars talentueux et fort sympathique. Je serais resté n’importe où, pour autant qu’il y eût du dépaysement, de la route et du contentement.

Si on ne quitte pas New Orleans, on ne quitte pas non plus le mode roady. Tout au plus on s’absente, mais jamais on n’y revient jamais. Jamais. Quand on goûte une fois au plaisir de la route, quand on se laisse doper par le sentiment de liberté qui vient avec ce genre de chevauchées, on devient roady pour l’éternité.

Bonne route!

VOIR AUSSI dans cette série: Road Trip 2013: Down South, Road Trip 2013 (2) : Douce Charleston, Road Trip 2013 (3): le Golfe, Desjardins et moi, Road Trip (4): un paradis nommé Caladesi, Road Trip 2013 (5): Tarpon Springs, Road Trip (6): le sanctuaire de Ralph, Road Trip (7): Pensacola, la ville aux cinq drapeaux et Road Trip 2013 (8) : New Orleans, tatouée dans la peau.

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À propos de desgensetdeslieux

L'intention est de mettre en lumière par les mots et la photo la poésie des terroirs. Les gens comme les lieux. Située au carrefour de l’histoire, de l’écriture et du multimédia, l’approche est impressionniste et sans prétention. À la base, le principe que l’on peut fréquenter un lieu des milliers de fois sans jamais qu’il ne donne à voir le même tableau.

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