De quais en cartes

04/02/2014

Des lieux

PAR GILLES ORGERET

J’arpente les quais du port de La Ciotat dans les Bouches du Rhône à la fin de l’hiver 2011.

Il y a peu de mouvements de bateaux en cet après-midi de douceur méditerranéenne.

Le Mistral une fois n’est pas coutume, est au repos. Seule une brise venue de la mer amène avec elle des bruits de ferraille, des éclats lumineux de soudures à l’arc qui s’échappent d’un recoin du port où s’affairent des ouvriers.

Un va et vient de portiques de grues entourent et surplombent un navire polaire en transformation. Son nom, l’ARCTIC se devine sous l’écaille de la peinture.

La peinture! Il est beaucoup question de peinture dans le milieu maritime. C’est même une activité incontournable. Piquer la rouille et peindre.

Je me souviens d’un adage dans la Royale: « On salue tout ce qui bouge et on peint le reste!»

Du temps que la « Julietta» fraîchement repeinte de  jaune, rouge et noire se glisse sur le calme plat de la darse afin de se mettre à quai, je découvre sous mes pieds de larges taches de peinture écaillées qui laissent apparaître le ciment du quai.

Tout un monde sillonné par les aussières et autres cordages qui lient les proues, les poupes, les bordés aux bittes et anneaux d’amarrage qui jalonnent le quai.

J’engrange ces déjà paysages que je devine en devenir. Je verrai plus tard.

Les ports sont pour moi des lieux vivifiants. Les histoires sont là prêtes à jaillir. Il suffit de tendre l’oreille, d’aiguiser le regard. L’imagination fera le reste.

Quelques mois plus tard je triais, classais des photos l’œil rivé sur l’écran de l’ordinateur. Mettant de côté ces clichés picturaux. Peintures sur ciment. Le trop plein des pinceaux ou des rouleaux secoués, essuyés négligemment sur le quai.

Je les voyais sous un jour nouveau. Elles se sont imposées à moi.

Ports, bateaux, quais, voyages : Cartes.

Ça y était. Je voyais les îles, les continents, les mers, les montagnes, les fleuves, les volcans, les forêts, les lacs, les calottes glaciaires.

Je me suis attelé à la tache sans plus attendre. Ce fut long, très long.

Creuser la peinture aux outils électroniques.

Composer et découper des masses de couleurs, glisser dessous des clichés de plaques de tôles bleues comme autant d’océans, ou de couchers de soleil comme autant de lave volcanique en fusion puis les agencer.

J’avais en son temps piqué la rouille et manié le pinceau sur les rafiots de sa majesté la République mais jamais gratté la peinture virtuelle et élaboré des cartes de pays improbables.

Voilà qui est fait.

Terrae incognitae. Terres inconnues, pas explorées, vierges. Nouveaux mondes. Ailleurs.

Bon voyage! Bon vent!

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À propos de desgensetdeslieux

L'intention est de mettre en lumière par les mots et la photo la poésie des terroirs. Les gens comme les lieux. Située au carrefour de l’histoire, de l’écriture et du multimédia, l’approche est impressionniste et sans prétention. À la base, le principe que l’on peut fréquenter un lieu des milliers de fois sans jamais qu’il ne donne à voir le même tableau.

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