De l’espace et du temps

16/04/2014

Des lieux

« Le temps. Nous le devinons toujours là, en nous,

   autour de nous, secret, silencieux, mais constamment à l’œuvre,

dans cette feuille qui tombe, cet enfant qui naît, ce mur qui s’écaille…»

                              

                                                 Étienne Klein: Les tactiques de chronos

PAR GILLES ORGERET

Les chevaux hennissaient cette nuit, agacés par le vent chaud qui descendait du Tozal de Guara.

Vaisseau de pierre qui domine la sierra du même nom dans la province d’Aragon au nord de l’Espagne.

Un couple Petit-ducs scops ponctuaient la nuit scintillante de l’été de leur flutio doux et régulier. Toutes les deux ou trois secondes, intercalant leur répons dans les murmures de la Guatizalema qui se mêlaient aux bruissements échevelés des peupliers qui bordent son cours.

Une bande son pour insomniaques amoureux des nocturnes.

Quelques heures plus tard nous traversions les plateaux arides de cette sierra à la rencontre des fantômes qui glissent sur les landes désertes nous guidant de villages abandonnés en hameaux perdus et désertés.

Les bases de certains de ces villages remontent au VIII ème siècle. Construits comme des bastions pour résister à Al-Andaluz.

Mais des peintures rupestres découvertes dans des grottes de la région, attestent de la présence humaine il y a 20 000 ans ainsi que des dolmens témoins de civilisations mégalithiques.

L’exode rurale s’est amplifiée au siècle dernier, dans les années soixante.

Témoins d’un temps révolu ces villages: Bara, Miz, El Pueyo de Morcat, Ibirque, Nasarre…

offrent aux pèlerins émus que nous sommes, le désarroi de leurs maisons au murs écroulés, leurs églises et chapelles en ruine, leurs cimetières aux tombes éventrées.

Un soleil de plomb et le vent chaud et sec accentuent le dénuement des lieux et notre émotion devant ces immenses espaces sur lesquels le temps a pesé de tout son poids.

Nous reprenons notre chemin bordé de murs de pierres sèches.

À Nasarre, l’église romane du XI ème et sa tour du XVII ème ont été restaurées.

Premier signe de renaissance ? Un vieux rêve.

Assis à l’ombre épaisse et salutaire d’un vénérable chêne vert, je ferme les yeux.

Des voix bruissent dans les ramures. Le vent siffle. La torpeur des heures chaudes enrobe le paysage. Nous reprendrons le chemin à la fraîche.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Publicités
, , , , , , , , , , , , , , , ,

À propos de desgensetdeslieux

L'intention est de mettre en lumière par les mots et la photo la poésie des terroirs. Les gens comme les lieux. Située au carrefour de l’histoire, de l’écriture et du multimédia, l’approche est impressionniste et sans prétention. À la base, le principe que l’on peut fréquenter un lieu des milliers de fois sans jamais qu’il ne donne à voir le même tableau.

Voir tous les articles par desgensetdeslieux

Souscrire

Souscrire à nos flux RSS et profils sociaux pour recevoir les mises à jour.

4 Commentaires le “De l’espace et du temps”

  1. zingara1961 dit :

    magnifique reportage merci 🙂

    Réponse

  2. Françoise B. dit :

    superbe, cette évocation en mots et en images de ce coin déshérité d’Espagne. Merci, Gilles!

    Réponse

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :