Toponymie III: « Entre baïsses et they»

21/09/2014

Des lieux

« Cette nuit je n’ai pu dormir. Le mistral était en colère,

   et les éclats de sa grande voix m’ont tenu éveillé jusqu’au matin…

   Au loin, les pins serrés dont la colline est couverte s’agitaient

    et bruissaient dans l’ombre. On se serait cru en pleine mer…»

 

Alphonse Daudet. «Lettres de mon moulin»

«Le phare des Sanguinaires»

 

PAR GILLES ORGERET

Déplier à l’extérieur une carte au 25000ème par temps de mistral hurlant est une gageure. J’ai donc accoté le vieux rafiot blanc à l’abri d’un buisson de tamaris avec vue sur le phare de la Gachole.

Les fenêtres entrouvertes laissent passer en courant d’air, une symphonie pour vent et grandes étendues. Ponctuée d’allées et venues colorées d’un couple de bergeronnettes printanières.

Je me retrouve à étendre le drap de la carte qui craque et gémit sous les nouveaux plis que je lui impose, toute formatée qu’elle était au sortir de l’IGN, sur le volant. Pour le coup ce n’est pas une sinécure. Récalcitrante la 3044 OT, qui plus est, il me faut aussi la 2944 OT car la balade projetée est à cheval sur deux cartes. Je manie mes portulans avec prudence. Les parchemins du XXIème ne valent pas ceux du XIIIème. Ma collection de cartes d’état-major est couturée de scotch comme autant de sparadraps couvrant les blessures dues aux nombreux pliages et dépliages.

Je note pour le plaisir le nom des espaces naturels ou aménagés par l’homme: baïsses, roubines, enfores, rigoles, bacs, mas, salins, sansouïres, radeaux, theys, estacades, digues, gazes ( du provençal gaso le gué ) et les lieux dits: l’Amérique, Chatrouse, Peaudure, Griffeuille, La Louisiane, Boisverdun, Les Marquises…

Le rêve prend corps en lisant à voix haute cet inventaire. Musique des mots, pour certains tout droit venus de la langue provençale.

Quelques minutes plus tard, nous arpentons de digues en pistes ces grandes étendues. La lumière est douce, le vent faiblit nous offrant un moment de répit bien venu.

Ce plat pays est envoûtant. Le regard se perd sur des horizons d’eaux salées, douces, saumâtres jusqu’aux dunes, jusqu’à la mer, et au-delà.

Sur le soir, au retour, la bise reprend possession de l’espace. Nous courbons l’échine sous les rafales. Le vieux trafic tangue. On se croirait en pleine mer.

 

Baïsses: Eaux saumâtres.

They: accumulations sableuses.

Roubines: canaux.

Sansouïres: Terres sèches.

Enfore: en dehors d’une terre.

Estacade: jetée.

 

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À propos de desgensetdeslieux

L'intention est de mettre en lumière par les mots et la photo la poésie des terroirs. Les gens comme les lieux. Située au carrefour de l’histoire, de l’écriture et du multimédia, l’approche est impressionniste et sans prétention. À la base, le principe que l’on peut fréquenter un lieu des milliers de fois sans jamais qu’il ne donne à voir le même tableau.

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