Terre, pierre, verre, feu, lumière

26/11/2014

Des gens

J’ai voyagé de Brest à Besançon

Depuis La Rochelle jusqu’en Avignon

De Nantes jusqu’à Monaco

En passant par Metz et Saint-Malo et Paris….

 

Take me home my heart is

heavy and my feet are sore….

 

Emmènes moi je ne veux plus voyager

                    

           Graeme Allwright. Johnny Cash ( Emmènes moi. Take me home )

 

PAR GILLES ORGERET

Juillet commence tout doux à dérouler ses rubans d’asphalte sous nos roues et cette mélodie me revient comme à chaque départ pour un périple un peu plus long que les quotidiens va-et-vient.

« Emmènes-moi, mon cœur est triste et j’ai mal aux pieds ».

Soirées d’un autre temps. D’un autre siècle. Nous chantions. Certains revenaient d’Inde, de Katmandou, avaient sillonné l’Hexagone, pris place pour des dizaines d’heures à bord d’autobus bondés des lignes internationales qui les avaient conduits à travers l’Espagne et le Maroc aux portes du désert. D’autres, après la fièvre 68tarde avaient pris un aller simple chez les képis blancs ou sur les bâtiments gris de sa majesté La République. Sans convictions particulières. Juste un immense besoin de fuite. Quête souvent vaine d’un ailleurs meilleur. Et à l’instar de Bernard Giraudeau que je cite: « Avaient laissé en entrant dans la Royale leur adolescence au vestiaire ».

Nous revenions cependant tous avec des poignées de chansons entre autres. Folk, Blues et quelques arpèges pour guitares échevelées. Nos tignasses s’en donnaient à cœur joie, passée pour la dernière fois la coupée des rafiots gris.

« Passed is passed»

La bruine qui coule sur Bourges estompe ces souvenirs. Bourges, première étape. Courte. Elles le seront toutes, tant nous avons besoin de lenteur, de savourer le temps qui passe.

C’est le « Bleu cobalt» de certains vitraux du XIIIème qui nous amène dans la Cathédrale Saint Étienne de Bourges. Mais tout nous subjugue. La beauté. Le calme. La lumière douce qui filtre, écartant dehors les rayons de pluie, caressant les pierres, les colonnes, le mobilier, les travées, les chapelles latérales.

Je déambule au hasard, le nez en l’air. Il me semble entendre les voix du passé. XII, XIIIème. Les bâtisseurs? Mais comment faisaient-ils ? J’en ai le tournis.

En ces lieux le temps s’arrête. La voix douce et précise de la jeune guide étudiante en histoire de l’art me tire de ma rêverie. Nous sommes dans la crypte. L’Histoire, la petite et la grande me submerge.

Le passé est passé. Mais c’est tellement beau !

Nous grimpons les escaliers de la tour nord. Je me suis perdu dans le décompte des marches. Peu importe. La côte est rude. La porte qui débouche sur la terrasse résiste. Le vent souffle fort. La bruine est devenue pluie. Bourges étale ses ardoises luisantes.

Nous nous retrouvons sur le parvis de la cathédrale, groggy.

En face au « Parvis des métiers » nous rencontrons Marie-France Ponet. (1)

Son atelier de poterie se trouve au Village Potier des Archers 18170 La Châtelet-en-Berry.

Mais pour un temps de l’été, elle a installé un tour dans ce lieu.

Marie-France travaille de ses mains et quand elle parle, explique son travail, son art, ses mains se mettent à danser devant elle. Sourire. Passion transmise.

Elle nous entraîne de la terre à la pierre, au feu des cuissons à la lumière, aux reflets sur ses œuvres émaillées. Le grès.

Dans la terre se trouvent les ingrédients qui grâce au savoir ancestral des artisans conduiront par le feu jusqu’à l’émail des vitraux ou à celui des poteries.

La lumière couronnera leurs œuvres.

Et la boucle est bouclée. Nous nous retrouvons sous la bruine de l’été quelque peu ahuris. Heureux.

Sur la place, la fête foraine bat son plein. Bruit, débauche de lumières crues. Gigantisme de certains « métiers» forains. Odeurs suaves des barbes à papa qui se collent sur le visage d’enfants hilares.

Un merle noir haut perché lance ses trilles dans l’espace.

 

(1) Marie-France Ponet

 

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Publicités
, , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

À propos de desgensetdeslieux

L'intention est de mettre en lumière par les mots et la photo la poésie des terroirs. Les gens comme les lieux. Située au carrefour de l’histoire, de l’écriture et du multimédia, l’approche est impressionniste et sans prétention. À la base, le principe que l’on peut fréquenter un lieu des milliers de fois sans jamais qu’il ne donne à voir le même tableau.

Voir tous les articles par desgensetdeslieux

Souscrire

Souscrire à nos flux RSS et profils sociaux pour recevoir les mises à jour.

Pas encore de commentaire.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :