Sous les ors de l’ automne

02/01/2015

Des lieux

       « Il se tut pour nous laisser écouter

           les dernières feuilles de l’année

            emportées par le vent »                                                                          

                            – Jim Harrison « La route du retour »

PAR GILLES ORGERET

Un volet mal barré claque sous les rafales qui s’annonçaient par des chuintements, feulements et sifflements depuis le mitant de la nuit. Les persiennes ajourées et un battant de fenêtre entrouvert interprètent une belle partition dans ce concert éolien. La maison chante son nocturne sans piano. Je m’extirpe néanmoins des plumes pour freiner les ardeurs du percussionniste incongru.

La pleine lune d’automne inonde de lumière blanche les falaises du pic de Morgon. Le lac de Savines  scintillant frissonne sous les bourrasques. Dans les combes qui le bordent les têtes blondes des peupliers se balancent au rythme des coups de boutoirs de la bise. Le vent des septentrions a dévalé tout au long du couloir de la Durance chargé des premiers frimas alpins. J’imagine que la neige sera au rendez-vous dans les en-hauts. Dans quelques heures…

La fraîcheur du petit matin finit de me réveiller de cette nuit écourtée par ce concerto boréal pour croisées, vantaux et vent des cimes.

Le jour s’est levé, crissant des premiers givres. Le soleil venu de l’Italie toute proche vient de passer les lignes de crêtes déversant ses flots de lumière sur un paysage de rêve.

J’ai gardé précieusement au creux de ma mémoire l’éblouissement rouge-carmin et or d’un automne québécois de jadis. Les balades à bicyclette sur les rangs traversant les érablières. Ponctuées par le passage de triangles criards d’oies en migration.

Nous retrouvons régulièrement les douceurs de l’automne brun-roux jaune des hêtres et érables sycomores des forêts de Chartreuse.

Mais ce matin, nous évoluons en territoire inconnu, aux limites de l’Ubaye et de l’Embrunais dans les Hautes-Alpes et découvrons, éblouis, de l’or fin à perte de vue.

Tout au long de ces jours dorés nous grimperons de forêts de mélèzes, en crêts, combes et cols  flamboyants, dans un ravissement de tous les instants.

Une poudreuse, légère, s’est posée sur les cols d’altitude et les sommets alentour. Les vides blancs ainsi créés surlignent les pleins de la matière. Le minéral et le végétal n’en sont que plus présents. Palpables au regard. Des bouffées de silence portées par le vent des cimes descendent du Pas de la Claie et du Col Haut.

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À propos de desgensetdeslieux

L'intention est de mettre en lumière par les mots et la photo la poésie des terroirs. Les gens comme les lieux. Située au carrefour de l’histoire, de l’écriture et du multimédia, l’approche est impressionniste et sans prétention. À la base, le principe que l’on peut fréquenter un lieu des milliers de fois sans jamais qu’il ne donne à voir le même tableau.

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2 Commentaires le “Sous les ors de l’ automne”

  1. francefougere dit :

    Comme c’est beau – jute ce qu’il faut de très bleu pour mettre en valeur les ors- Merci et belle année 2015

    Réponse

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