Nous voilà rendus

14/11/2015

Des lieux

 *** Pour paraphraser Gilles, «PARCE QU’IL EST IMPORTANT DE CONTINUER À CULTIVER LE BEAU», voici un nouveau texte sur desgensetdeslieux (Charles) ***             

 

                Un brouillard mouvant humide courait ce jour-là sur la Hague.(…)

                Les lampes qui brillaient derrière les croisées de la ferme

                  étaient bien sereines, bien grasses et bien jaunes,

                   comme il convient à d’honnêtes lumières.

                              –  Didier Decoin  « Les trois vies de Babe Ozouf »

PAR GILLES ORGERET

Quel bonheur ces bouts du bout. Ces bouts du monde. D’un monde. Le nôtre, momentanément. Celui où l’on se trouve, dans l’instant, présent. Cet état quelque peu euphorique, joyeux, serein, face à l’immense et l’inconnu. La mer, la Manche en l’occurrence, qui vient baigner calmement ce matin d’août les rochers et plages de galets où gambadent en piaillant, suivis de leurs petits récemment sortis de l’œuf, des couples de Grand-Gravelots.

États d’esprit ou d’âme, c’est selon, qui ressemblent pour moi en tout cas, à ceux qui parfois s’étirent tout au long du jour, quand levé aux aurores, dans le calme du pas encore petit-matin, il me semble être seul au monde. Face au silence.

Il y eu cette géographie de l’inconnu dans l’enfance (1), la «bottine » du Cotentin et quelques décennies plus tard ce roman de Didier Decoin: « Les trois vies de Babe Ozouf ». Autre événement marquant et décisif dans cette envie d’aller voir de plus près ce Cap de La Hague.

Je l’ai relu en route, en cette année commémorative, 2014, 1914, 1944, il tombait à pic!

Les scories de la folie humaine sont encore bien (trop) visibles sur les côtes de France et particulièrement dans cette région.

J’ai cru voir en l’arrivée d’un pigeon biset bagué, pas farouche, venu se poser à mes côtés, juché que j’étais sur un de ces blockhaus imputrescibles, laissé par l’occupant de la dernière guerre ( la dernière) ? le messager de l’ordre des columbiformes, d’une paix qui tarde à s’installer sur le monde, mais en laquelle j’espère ardemment.

Le ronronnement d’un radar du sémaphore qui veille jour et nuit sur le Raz Blanchard rythme les clapots des vagues. Une brise légère siffle dans les haubans du mât qui coiffe le bâtiment. Magie des sons et des images. Hop! me revoilà parti. C’est vrai qu’il m’en faut peu. Mais là, c’est beaucoup. La mer, le vent, la musique dans les filins. Et puis, ce fut mon boulot. Radariste embarqué. Et j’ai gardé en mémoire, les moments passés sur le pont, où à la passerelle supérieure, après les quarts de veille, à regarder l’immensité sans repère, et à écouter les vibrations sonores du vent dans les superstructures.

Tous ces bruits caractéristiques émis par les bateaux en mer. Réguliers, continus, quelque peu obsédants, comme peut l’être le chant des cigales. Échos du sonar, grésillements des radios, vibrations des machines, bruit d’étoffe déchirée par l’étrave fendant l’océan. Bandes sons dignes de certaines compositions de musique électronique.

À deux pas du ressac, dans ces prairies bordées de murets typiques de ce recoin de terre « Les Sept  Pierres » nous précise la carte Top 25, quelques vaches broutent paisiblement. Terriens et marins se côtoient aussi dans cette région.

La mer quant à elle s’en va pour un de ses voyages quotidiens, découvrant les hauts-fonds, laissant quelques flaques décorées d’algues brunes, vertes, jaunes et de berniques, patelles et autres gastéropodes.

Un ferry croise au large, en route pour la Grande Bretagne. Si proche mais invisible.

(1) desgensetdeslieux

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À propos de desgensetdeslieux

L'intention est de mettre en lumière par les mots et la photo la poésie des terroirs. Les gens comme les lieux. Située au carrefour de l’histoire, de l’écriture et du multimédia, l’approche est impressionniste et sans prétention. À la base, le principe que l’on peut fréquenter un lieu des milliers de fois sans jamais qu’il ne donne à voir le même tableau.

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