Le rien dans ce qu’il a de plus plein

24/03/2016

En chemin

PAR CHARLES VINCENT

Retour dans le temps. 26 décembre. La terre refuse de se résoudre au repos, les ors et les bleus bombent le torse. J’enfile ma veste. Je prends le bois.

– Qu’est-ce que vous cherchez? Vous cherchez la neige?

J’ai jaugé mon interlocuteur. Dans la soixantaine. Parfumé. Il portait des jeans savamment délavés, un manteau à la mode et des espadrilles fluo.

Un urbain, pour sûr!

Je n’ai rien contre les urbains, c’est juste qu’ils tranchent dans le décor forestier. C’est une question d’allure. Ça se voit dans les vêtements, mais aussi dans le regard, l’attitude… Et dans les questions qu’ils posent.

Que cherchais-je? C’est vrai. Que cherchais-je?

À dire vrai, rien. Rien du tout. Rien si ce n’est la paix, le bruit du silence, le poids du vide, la brèche du temps. Le rien dans ce qu’il a de plus plein.

À tout vous dire, ce matin-là, des coups de fusils inquiétants avaient résonnés dans ma forêt. C’est la raison pour laquelle j’avais prudemment pris la direction du parc du mont Orford avec en tête l’idée de refaire la Boucle des trois étangs, un tout petit circuit de cinq kilomètres fait quelques jours auparavant avec Hélène, mon amie.

À tout vous dire encore, j’avais envie de remarcher sur nos pas, à Hélène et à moi. J’avais en tête de revoir ces tournants et ces montées, ces toiles de fond qu’elle connait par cœur pour les avoir mille fois fréquentées. La maladie, la marche. Comme une thérapie. La forêt, les sentiers. Comme un soluté, une pharmacopée.

26 décembre, donc.

L’automne en pied de nez narguait l’hiver piégé dans un calendrier profané. Mettons.

J’ai eu envie de crier hourra, vivat, mais de peur d’effrayer l’urbain et sa fiancée je me suis contenté de marcher dans cette féérie faite sentier.

Féerie d’herbes séchées qu’aucune neige n’a encore couchées, de feuilles craquantes, gonflées des dernières chaleurs d’octobre, de fougères aux verts indécents et au tonus étonnant, de ruisseaux débridés, de ciels plaqués sur les eaux lisses. Féérie livrée pour une dernière fois. Livrée pour moi. Livrée pour Hélène, pour son combat.

Féerie de paix, de silence et de vide. Féérie du rien dans ce qu’il a de plus plein.

 

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À propos de desgensetdeslieux

L'intention est de mettre en lumière par les mots et la photo la poésie des terroirs. Les gens comme les lieux. Située au carrefour de l’histoire, de l’écriture et du multimédia, l’approche est impressionniste et sans prétention. À la base, le principe que l’on peut fréquenter un lieu des milliers de fois sans jamais qu’il ne donne à voir le même tableau.

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2 Commentaires le “Le rien dans ce qu’il a de plus plein”

  1. Yoshimi-Paris Photographie dit :

    se trouver là et profiter de ce que la nature nous offre, tout simplement …
    Jolie narration et tres belles photographies. Merci 😀

    Réponse

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