De mois en mois

11/09/2016

Des lieux

« Bientôt viendra l’époque, où, trompé par le murmure

de l’eau qui s’écoule, on croira entendre le chant de

l’alouette au-dessus de la prairie.

Mais il nous faut encore attendre,

sachant que le printemps ne pourra nous trahir »

 

– Lars Jonsson : Peintre ornithologue, « La lumière et les oiseaux »

 

PAR GILLES ORGERET

L’idée que m’avait suggérée un agriculteur (1) rencontré sur la côte nord en juillet 2013 a germé. Je prendrais un cliché par mois du même paysage et ce pendant un an. Je me lance dans cette aventure à deux pas d’ici, dans cette forêt qui est le lieu que je connais le mieux au monde. Elle est chargée de nos souvenirs familiaux, de mes souvenirs de loup solitaire, de ces moments de vie partagée avec Monsieur Vent du Nord (2). Je l’ai parcourue en toutes saisons, le jour, la nuit. Par gros temps intérieur ou calme plat. Sous la pluie, la neige, les orages de l’été. Les yeux rivés sur les tapis de feuilles mortes en automne en quête de chanterelles, pieds bleus, trompettes de la mort, girolles, bolets ces fabuleux champignons qui parfumeraient une omelette le soir en rentrant. Les enfants y ont découvert l’aventure des trappeurs du Grand Nord! Nous bivouaquions parfois au coin d’un feu entouré de grosses pierres sur lequel grillaient quelques côtelettes ou réchauffait une soupe dans un chaudron.

Je la parcours depuis l’enfance quand la piste forestière n’était qu’un chemin obscur ou lumineux suivant l’époque.

Les tempêtes de 99 avaient terriblement modifié le paysage tant des centaines d’arbres avaient été déracinés. Nous étions restés des mois sans pouvoir y pénétrer, le temps que les débardeurs fassent leur travail. La vision apocalyptique qui s’en était dégagée nous avaient profondément affecté. Monsieur Vent du Nord comme tant d’autres y avaient perdu un bien précieux.

La forêt a plus ou moins repris ses droits. Des coupes à blanc la saignent encore fréquemment. Des chênes rouvres et des érables, des mélèzes et même des merisiers ont été plantés alternant avec le rythme mécanique des plantations de sapins de Douglas, posant leur touche rouge et or sur le vert dominant.

J’ai opté pour m’installer dans un pré en contrebas de la piste qui mène à Saint Cyr le Châtoux. Orienté au Nord-Nord-Ouest, face au Taillis Chauffés et à la Roche de la Lumière.

J’y suis allé d’octobre 2014 à septembre 2015, dans ces Fonds des Arrêts, forêt de la Cantinière.

 

(1) Fauchés, séchés, fanés, bottelés, rentrés

(2) Dédicace

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À propos de desgensetdeslieux

L'intention est de mettre en lumière par les mots et la photo la poésie des terroirs. Les gens comme les lieux. Située au carrefour de l’histoire, de l’écriture et du multimédia, l’approche est impressionniste et sans prétention. À la base, le principe que l’on peut fréquenter un lieu des milliers de fois sans jamais qu’il ne donne à voir le même tableau.

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2 Commentaires le “De mois en mois”

  1. Gaelle BERNY dit :

    J’aime bien l’idée. Au fil des saisons, rien n’est jamais vraiment pareil. Il y a tout à redécouvrir dans un paysage, même familier.

    Réponse

    • gilles dit :

      C’est cela même: la redécouverte. Aussi bien d’une géographie terrestre familière que celle qui nous anime au fond de notre être.
      Merci pour la visite
      G.O

      Réponse

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